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Des messages dynamiques et innovants

La transformation vient par l’information et nous ne pouvons pas opérer au-delà de ce que nous ne connaissons pas et ne pratiquons pas. Sur ce site, le Sénateur Prof. Faustin Luanga Mukela pose ou mets  l’information à la portée de tous. Nous croyons que vous pratiquerez ce que vous suivez dans certains interviews et que votre pensée sera alors renouvelée,  transformée...

     Des plateformes pour toutes
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Livre ; RDC — L’économie comme langage et                   miroir de nos priorités

Les articles

Les interviews

Architecture Économique : RDC et le secteur informel, miroir d’un État inachevé - Analyse doctrinale et politique

Sénateur Faustin Luanga Mukela

1. Préambule doctrinal : l’informel comme phénomène systémique Dans le débat public congolais, l’économie informelle est souvent décrite comme une anomalie, une zone grise où prospèrent irrégularité, vulnérabilité et perte fiscale. Pourtant, l’informel n’est pas un accident de l’histoire économique de la République Démocratique du Congo (RDC). Il en est l’un des fondements. Il ne constitue pas une anomalie marginale, mais un système socio-économique structurant. L’économie informelle en RDC s’inscrit dans une logique de substitution institutionnelle : lorsque l’État est absent, incomplet ou inefficace, l’informel devient un ordre économique parallèle, doté de ses propres règles, réseaux et mécanismes de régulation, une architecture sociale et économique qui s’est imposée là où l’État n’a pas su, ou pas pu, occuper l’espace. Dans la littérature économique, l’informel est défini comme l’ensemble des activités échappant aux normes fiscales, sociales et statistiques de l’État (Schneider & Williams, 2013). En RDC, ce phénomène a vu atteint une ampleur exceptionnelle : plus de 84 % des activités économiques se déroulent hors du champ formel (Banque mondiale, 2020 et 2025). Ce chiffre, qui prolonge les estimations de 2020, ne dit pas seulement l’ampleur du phénomène : il dit la persistance d’un modèle. En RDC, l’informel n’est pas un secteur ; il est une condition. Il organise les trajectoires professionnelles, structure les modes de production et façonne les mécanismes de survie dans une économie où le marché formel demeure trop étroit pour absorber la population active.

2. L’informel comme espace de survie : une rationalité politique L’informel n’est pas seulement un secteur économique ; il est un mode de survie et un instrument de résilience sociale. Dans un pays où le chômage formel est structurel, où les protections sociales sont embryonnaires et où l’État peine à assurer ses fonctions essentielles, l’informel devient un filet de sécurité pour des millions de Congolais. Cette fonction de survie est documentée dans les travaux sur les économies à faible revenu (Chen, 2012). Elle révèle une vérité politique fondamentale : l’informel protège l’individu lorsque l’État ne le peut pas. Cette protection, cependant, est ambivalente: elle est immédiate, mais elle est aussi précaire, instable et dépourvue de garanties juridiques.

3. L’informel comme espace de vulnérabilité et d’irrégularité

L’économie informelle expose les acteurs à une série de vulnérabilités structurelles : absence de droits sociaux, instabilité des revenus, dépendance à des réseaux non institutionnalisés, exposition aux abus et à la corruption. Elle constitue également un espace d’irrégularité où les normes fiscales et commerciales sont contournées. Cette situation crée une asymétrie de pouvoir entre les acteurs économiques et fragilise la capacité de l’État à exercer ses prérogatives régaliennes.

Dans une perspective doctrinale, l’informel est donc un espace de liberté individuelle, mais aussi un espace de fragilité collective.

4. Les effets macroéconomiques : une fragilisation de l’État La domination de l’informel a des implications majeures pour la gouvernance publique. Les recettes fiscales de la RDC représentent 7 à 8 % du PIB, l’un des taux les plus faibles d’Afrique (FMI, 2025). Cette faiblesse est directement liée à l’informel, qui réduit la base taxable et encourage la fragmentation des circuits économiques. Conséquences : l’État planifie difficilement, il investit peu, il redistribue faiblement, il dépend de rentes externes (mines, aide internationale). Dans une perspective politique, cela signifie que : l’informel affaiblit l’État, même lorsqu’il stabilise la société. Cette tension entre stabilité sociale et fragilité institutionnelle est au cœur de la problématique congolaise.

5. L’informel et le développement : une entrave structurelle, non absolue Dire que l’informel « empêche le développement » serait une simplification excessive. La littérature économique montre que l’informel peut coexister avec une croissance réelle, notamment dans les secteurs du commerce, de l’agriculture et des services (La Porta & Shleifer, 2014). - 4 - Cependant, l’informel : limite la productivité, freine la modernisation, réduit la capacité de l’État à mobiliser des ressources, fragmente les chaînes de valeur, empêche la planification à long terme. Ainsi, l’informel n’empêche pas le développement ; il le déforme, le rend chaotique, irrégulier, non soutenable.

6. Analyse comparative africaine : convergences, divergences et enseignements régionaux L’économie informelle en Afrique subsaharienne présente des caractéristiques communes, mais aussi des divergences structurelles qui permettent de situer la RDC dans un cadre comparatif plus large. Selon l’Organisation internationale du travail (OIT), l’informel représente 82 % de l’emploi total dans la région (OIT, 2018), ce qui confirme son rôle systémique dans les économies africaines.

 

6.1. Convergences régionales : l’informel comme matrice socioéconomique dominante Plusieurs pays africains partagent avec la RDC une forte prévalence de l’informel :

• Nigeria : plus de 65 % du PIB provient de l’informel, notamment dans le commerce urbain et les services (Medina & Schneider, 2019).

• Tanzanie : près de 80 % de la population active travaille dans l’informel, avec une forte présence dans l’agriculture et le commerce (ILO, 2018).

• Ghana : environ 70 % de l’emploi est informel, avec une structuration avancée des associations professionnelles (Steel & Snodgrass, 2008).

- 5 - Ces pays montrent que l’informel n’est pas un phénomène congolais isolé, mais un pattern continental lié à des États en construction, à des systèmes fiscaux faibles et à des marchés du travail peu structurés.

 

6.2. Divergences structurelles : le cas congolais comme extrême institutionnel La RDC se distingue toutefois par trois éléments :

• L’ampleur exceptionnelle de l’informel (plus de 84 % des activités économiques), supérieure à la moyenne régionale

   (Banque m ondiale, 2020 et 2025).

• La faiblesse extrême de la pression fiscale (7–8 % du PIB), inférieure à celle du Nigeria (12 %), du Kenya (18 %) ou du Ghana

   (16 %)  (FMI, 2021).

• La fragmentation territoriale, qui renforce les économies locales informelles. Ainsi, la RDC représente un cas limite où l’informel devient non seulement dominant, mais structurant, révélant un État dont l’architecture institutionnelle et économique demeure inachevée.

 

6.3. Enseignements comparatifs L’analyse comparative montre que :

• Les pays ayant réduit l’informel (Rwanda, Botswana, Maurice) ont investi dans l’administration fiscale, l’identité numérique, la formalisation progressive, et la protection sociale minimale (Joshi, Prichard & Heady, 2014).

• Les pays ayant laissé l’informel dominer (RDC, Nigeria, Sierra Leone) présentent des États incomplets, des capacités administratives faibles, et une faible intégration territoriale.

- 6 - Ces enseignements permettent de situer la RDC dans une trajectoire où la réforme institutionnelle et économique devient une condition préalable à toute réduction de l’informel.

7. Typologie sectorielle de l’informel en RDC : une économie plurielle et fragmentée L’informel en RDC n’est pas homogène. Il se décline en plusieurs sous-secteurs, chacun doté de logiques propres, de réseaux spécifiques et de modes de régulation distincts. Cette typologie s’inscrit dans les travaux de Chen (2012) sur la pluralité des économies informelles.

7.1. Commerce urbain et transfrontalier Le commerce informel constitue le cœur de l’économie urbaine : • marchés populaires à Kinshasa (Zando, Gambela, Matadi Kibala, et d’autres grands wenze), • commerce transfrontalier (Goma–Gisenyi, Kasumbalesa, Mahagi), • réseaux de distribution non institutionnalisés. Ce secteur est caractérisé par une forte fluidité, une rotation rapide du capital, et une absence quasi totale de fiscalisation (La Porta & Shleifer, 2014).

7.2. Transport et logistique informels Le transport informel (taxis, motos – wewa -, bus privés, camions non enregistrés) joue un rôle essentiel dans la mobilité : absence de régulation, tarification flexible, forte exposition aux abus et à la corruption. Il constitue un service public de substitution, compensant l’insuffisance des infrastructures formelles.

- 7 - 7.3. Mines artisanales et semi-industrielles Le secteur minier artisanal représente une part importante de l’économie informelle : • exploitation artisanale du cobalt, de l’or, du diamant, du coltan,

• réseaux d’achat informels,

• dépendance à des intermédiaires non régulés. Les travaux de Geenen (2014) montrent que ce secteur illustre la tension entre richesse naturelle et absence de gouvernance, avec des implications majeures pour la fiscalité et la sécurité.

 

7.4. Agriculture vivrière et rurale L’agriculture vivrière est largement informelle : production non enregistrée, absence de chaînes de valeur structurées, faible accès au crédit et aux intrants. Elle constitue le principal filet de survie rural, mais limite la modernisation agricole (FAO, 2017).

7.5. Services informels Les services informels incluent : réparation, coiffure, couture, restauration, services domestiques, micro-entreprises non enregistrées. Ce secteur est marqué par une forte flexibilité, mais une faible productivité (Schneider & Williams, 2013). 7.6. Fragmentation territoriale : une géographie différenciée de l’informel en RDC -

 

8 - La dynamique de l’informel en RDC ne peut être comprise sans une lecture territoriale fine. La fragmentation spatiale du pays — héritée de l’histoire politique, des infrastructures inégales et des économies locales — produit des écosystèmes informels distincts, chacun doté de logiques propres. Cette approche territoriale s’inscrit dans les travaux de l’économie géographique africaine (Meagher, 2010 ; Goodfellow, 2020). A. Kivu : l’informel minier et transfrontalier Dans les Kivus (Nord Kivu et Sud Kivu), l’informel est structuré autour de deux pôles : l’exploitation minière artisanale (or, coltan, cassitérite), et le commerce transfrontalier avec le Rwanda, l’Ouganda et le Burundi. Les frontières poreuses, la présence de groupes armés et la faiblesse de l’État créent un espace où l’informel devient une économie politique de survie (Vlassenroot & Raeymaekers, 2004). Les réseaux transfrontaliers jouent un rôle central dans la circulation des biens, des devises et des normes. B. Katanga : une semi-industrialisation informelle Le Katanga présente une configuration différente : une présence de coopératives minières semi-industrialisées, une émergence de micro-industries informelles autour du cuivre et du cobalt, et une forte densité d’intermédiaires et de négociants. Cette semi-industrialisation informelle crée une économie hybride où les acteurs naviguent entre formel et informel, souvent en fonction des opportunités fiscales ou réglementaires (Rubbers, 2019). C. Maniema et Grand Kasaï : l’agriculture vivrière comme matrice informelle

 

- 9 - Dans le Maniema et le Grand Kasaï, l’informel est dominé par : l’agriculture vivrière, les circuits de distribution non structurés, et les marchés ruraux et périurbains. L’absence d’infrastructures logistiques et de mécanismes de crédit renforce une économie de subsistance où les ménages dépendent de réseaux communautaires pour la production et l’échange (FAO, 2017). D. Kinshasa : commerce urbain et services informels Kinshasa constitue le cœur de l’informel urbain : marchés populaires (Zando, Gambela, Matadi Kibala), transport informel (taxis, wewa), services à faible capital (coiffure, couture, restauration). La capitale illustre une économie informelle de densité, où la proximité spatiale favorise la fluidité des échanges, mais aussi la vulnérabilité aux abus et à la corruption (De Boeck & Plissart, 2004). Cette fragmentation territoriale montre que l’informel n’est pas un bloc homogène, mais une mosaïque d’économies locales, chacune façonnée par l’histoire, la géographie, les infrastructures et les réseaux sociaux. 7.7. Dimension sociologique : normes, réseaux et solidarités dans l’économie informelle Au-delà des activités économiques, l’informel constitue un espace social, structuré par des normes, des réseaux et des solidarités. Cette dimension sociologique est essentielle pour comprendre sa résilience et sa capacité à se substituer à l’État. Les travaux de sociologie économique africaine (Granovetter, 1985 ; Meagher, 2016) éclairent ces dynamiques. A. Les normes sociales comme régulation informelle

 

- 10 - Dans l’informel, les règles ne sont pas écrites, mais elles sont connues : normes de confiance, obligations communautaires, mécanismes de réputation, sanctions sociales. Ces normes jouent un rôle de régulation substitutive, particulièrement dans les espaces où l’État est absent ou inefficace. B. Les réseaux communautaires : une architecture invisible Les réseaux — familiaux, ethniques, religieux, territoriaux — structurent l’accès : au capital, aux clients, aux fournisseurs, à la protection. Ils constituent une infrastructure sociale qui permet aux acteurs de survivre dans un environnement économique incertain (Meagher, 2010). C. Les solidarités comme filet de sécurité Les solidarités communautaires remplacent souvent les protections sociales formelles : les tontines (likelemba), les associations de marché, les coopératives informelles, et les réseaux de voisinage. Ces mécanismes assurent une redistribution minimale, mais ils peuvent aussi renforcer des hiérarchies locales ou des dépendances. D. L’informel comme espace identitaire L’informel n’est pas seulement une activité économique : il est un espace identitaire, un lieu où se construisent des appartenances, des statuts et des trajectoires sociales.

- 11 - Cette dimension identitaire explique en partie la résistance des acteurs à la formalisation lorsqu’elle est perçue comme une menace pour les équilibres communautaires. L’informel apparaît ainsi comme : un système social, une économie morale, une architecture de survie, et un espace de reproduction des normes. Cette dimension sociologique renforce l’idée que l’informel est une condition politique, et non un simple secteur économique.

8. Réformes institutionnelles : une prospective pour la transformation structurelle La réduction de l’informel ne peut résulter d’une simple formalisation administrative. Elle exige une refondation institutionnelle, une transformation progressive et une approche systémique. Les travaux sur la fiscalité dans les pays à faible revenu (Moore, 2015) montrent que la formalisation réussie repose sur la confiance dans l’État et la simplicité des régimes fiscaux.

 

8.1. Renforcer l’État fiscal Par la modernisation de la DGI, DGDA et DGRAD, la digitalisation des procédures, l’élargissement de la base taxable, et la simplification des régimes fiscaux pour les micro-entreprises. Une fiscalité simple, progressive et numérique est la condition de la formalisation (Joshi et al., 2014).

 

8.2. Construire un État social minimal Par l’assurance santé de base, la protection sociale minimale, et les mécanismes de soutien aux travailleurs vulnérables.

 

- 12 - La formalisation ne peut réussir que si l’État offre des incitations sociales (ILO, 2018).

8.3. Structurer les chaînes de valeur locales Par l’intégration des marchés, des infrastructures logistiques, des zones économiques locales, la formalisation progressive des réseaux de distribution. La formalisation doit être sectorielle, non uniforme. 8.4. Réformer la gouvernance minière artisanale Par l’enregistrement des coopératives, la traçabilité numérique, et l’intégration dans les chaînes de valeur industrielles. Ce secteur peut devenir un levier de formalisation (Geenen, 2014).

 

8.5. Déployer une stratégie nationale de formalisation progressive Par une approche graduelle, un ciblage des secteurs prioritaires, des partenariats public-privé, renforcement des capacités locales. La formalisation doit être pensée comme un processus, non comme une injonction.

9. Conclusion doctrinale : l’informel comme matrice d’un État inachevé

L’économie informelle en RDC ne relève ni de l’accident historique ni de la défaillance ponctuelle : elle constitue l’armature invisible d’un ordre économique parallèle qui s’est imposé « là où l’État n’a pas su, ou pas pu, occuper l’espace ». Elle est à la fois le symptôme et le révélateur d’une architecture institutionnelle et économique incomplète, où les fonctions régaliennes – fiscales, sociales,

 

- 13 - productives – demeurent fragmentées, inégales et parfois absentes. Dans cette perspective, l’informel doit être compris comme une ambivalence constitutive : il protège l’individu lorsque l’État échoue (« l’informel protège l’individu lorsque l’État ne le peut pas » ), mais cette protection se paie d’une fragilité systémique qui affaiblit la capacité de l’État à se projeter, à planifier et à redistribuer. L’informel stabilise la société, mais il fragilise l’État ; il permet de vivre, mais il empêche de se transformer. Cette ambivalence produit une conséquence doctrinale majeure : l’informel n’est pas un secteur économique, mais une condition politique. Il révèle un État dont la souveraineté fiscale est réduite (7–8 % du PIB), dont la base productive est fragmentée, et dont la capacité de projection stratégique demeure limitée. Il révèle également une économie duale où le formel et l’informel coexistent sans se renforcer, créant une dynamique de développement chaotique, irrégulière et non soutenable. Dans une perspective comparative, la RDC représente un cas extrême où l’informel devient structurant, dépassant les moyennes africaines et révélant une architecture institutionnelle et économique inachevée. Les pays ayant réussi à réduire l’informel – Rwanda, Botswana, Maurice – montrent que la transformation ne procède pas d’une injonction administrative, mais d’une refondation de l’État fiscal, social et productif. La réduction de l’informel en RDC ne sait pas être un objectif sectoriel, mais un projet de reconstruction étatique. Elle exige une transformation progressive, systémique, articulée autour de la fiscalité, de la protection sociale, de la gouvernance minière, et de la structuration des chaînes de valeur. L’informel est le moteur de la survie, mais l’obstacle de la transformation. Il est la preuve que l’État existe, mais qu’il n’est pas encore complet.

 

- 14 - Il est la matrice d’un pays qui vit, mais qui ne se développe pas encore pleinement. Sénateur Prof Faustin Luanga *Luanga M. F. (2026). Penser librement, Exister pleinement – Appel à la conscience congolaise. MediaComX. © Droits d’auteur protégés. Références bibliographiques

• Banque mondiale. (2020 et 2025). Rapport sur le développement économique en RDC.

• Chen, M. (2012). The Informal Economy: Definitions, Theories and Policies. WIEGO Working Paper.

• De Boeck, F., & Plissart, M.-F. (2004). Kinshasa: Tales of the invisible city. Ludion.

• FAO. (2017). The State of Food and Agriculture.

• Fonds monétaire international. (2021 et 2025). Perspectives économiques régionales – Afrique subsaharienne.

• Geenen, S. (2014). Dispossession, displacement and resistance in artisanal mining communities.

• Goodfellow, T. (2020). Political settlements and urban informality: Insights from African cities. Urban Studies, 57(3), 581–599. •                Granovetter, M. (1985). Economic action and social structure: The problem of embeddedness. American Journal of Sociology, 91(3),         481–510.

• ILO. (2018). Women and Men in the Informal Economy: A Statistical Picture.

• Joshi, A., Prichard, W., & Heady, C. (2014). Taxing the Informal Economy: Challenges, Possibilities and Emerging Policy Options. IDS           Working Paper. - 15 -

• La Porta, R., & Shleifer, A. (2014). Informality and Development. Journal of Economic Perspectives, 28(3), 109– 126.

• Luanga M. F. (2026). Penser librement, Exister pleinement – Appel à la conscience congolaise. MediaComX.

• Meagher, K. (2010). Identity economics: Social networks and the informal economy in Nigeria. James Currey.

• Meagher, K. (2016). The informal economy and social networks in Africa. Routledge.

• Medina, L., & Schneider, F. (2019). Shadow Economies Around the World: What Did We Learn Over the Last 20 Years? IMF Working           Paper.

• Moore, M. (2015). Taxation and Development.

• Rubbers, B. (2019). Mining boom, labor market segmentation, and social inequality in the Democratic Republic of Congo. African            Affairs, 118(472), 395–418.

• Schneider, F., & Williams, C. (2013). The Shadow Economy. Institute of Economic Affairs.

• Steel, W., & Snodgrass, D. (2008). Raising Productivity and Reducing Risks of Household Enterprises. World Ban

Architecture économique : Fragmentation internationale de la production et perspectives de transformation structurelle pour la RDC.

                                                                                                                                                                 Sénateur Prof Faustin Mukela Luanga

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Résumé

La fragmentation internationale de la production constitue l’un des processus les plus déterminants de la reconfiguration des chaînes de valeur mondiales. En dissociant les activités productives en tâches distribuées entre plusieurs pays, elle permet aux économies émergentes de s’insérer dans des segments spécialisés sans disposer d’une base industrielle complète. Cet article mobilise les cadres théoriques contemporains des chaînes de valeur mondiales (CVM) pour analyser la pertinence de ce modèle pour la République Démocratique du Congo (RDC), un pays mal architecturé. Il propose une stratégie de transformation structurelle articulée autour des fragments métallurgiques, des zones économiques spéciales (ZES), des clusters industriels et des corridors logistiques. L’étude examine également les risques, les conditions institutionnelles de réussite et les implications géopolitiques et sécuritaires de l’intégration de la RDC dans les chaînes fragmentées.

  1. Introduction

La fragmentation internationale de la production est au cœur des transformations de l’économie mondiale depuis les années 1990. Baldwin (2016) décrit ce phénomène comme la « deuxième délocalisation », caractérisée par la dissociation des tâches productives permise par les technologies de communication et la baisse des coûts logistiques. Parallèlement, les travaux de Gereffi (2018) sur les chaînes de valeur mondiales montrent que cette fragmentation a ouvert aux pays en développement des opportunités d’intégration productive, à condition de maîtriser les segments à forte valeur ajoutée.

Dans ce contexte, la République Démocratique du Congo (RDC), riche en ressources minérales critiques et dotée d’un potentiel énergétique considérable, se trouve dans une position stratégique pour s’insérer dans les chaînes fragmentées. Dans cet article, je prolonge la conceptualisation de l’architecture économique de la RDC (Luanga, 2026). J’examine les conditions théoriques, institutionnelles et géo‑économiques permettant à la RDC de transformer son économie à travers ce modèle.

2- Cadre théorique : fragmentation, CVM et recomposition productive

La fragmentation internationale repose sur trois dynamiques structurantes :

  • Standardisation des composants : les fragments deviennent interchangeables et intégrables dans plusieurs chaînes de production.

  • Révolution logistique : containerisation, digitalisation des flux, optimisation des corridors.

  • Libéralisation commerciale : Zone Economique Spéciale (ZES), régimes douaniers préférentiels, facilitation des échanges.

Ces dynamiques ont permis à des pays comme la Chine, le Vietnam, le Mexique ou le Maroc de devenir des centres productifs mondiaux sans disposer initialement d’une industrie complète. La littérature sur les CVM souligne que la montée en gamme dépend de la capacité à internaliser progressivement des segments à forte valeur ajoutée (Gereffi, 2018).

3. Pertinence stratégique pour la RDC

La RDC présente plusieurs avantages structurels :

  • Ressources minérales critiques (cuivre, cobalt, coltan, terres rares) indispensables aux technologies modernes.

  • Potentiel énergétique permettant d’alimenter des clusters industriels.

  • Position géographique centrale au cœur de l’Afrique.

  • Main‑d’œuvre jeune et abondante.

  • Marché intérieur de 100 millions d’habitants.

Ces atouts ne produisent de la valeur que s’ils sont intégrés dans une stratégie nationale cohérente. La fragmentation offre une voie progressive, modulaire et réaliste pour transformer l’économie congolaise.

4. Axes stratégiques pour une politique congolaise de fragmentation

 

4.1. Montée en gamme minière : fragments métallurgiques

La RDC doit passer de la production suivie de l’exportation brute à la production et transformation de fragments intermédiaires : cathodes de cuivre, hydroxides de cobalt, précurseurs pour batteries, alliages semi-finis.

Ces fragments s’insèrent directement dans les chaînes de valeur mondiales et augmentent la valeur ajoutée nationale.

 

4.2. Zones Économiques Spéciales (ZES) comme plateformes de fragmentation

Les ZES doivent devenir des nœuds productifs intégrés, capables d’accueillir : transformation intermédiaire, assemblage léger,  services logistiques, contrôle qualité, distribution régionale.

Exemple international : Tanger Med (Maroc)

La zone de Tanger Med illustre la capacité d’une ZES à structurer un cluster industriel exportateur. En moins de deux décennies, elle a permis l’émergence d’un pôle automobile intégré, articulé autour d’une logistique performante, d’un cadre réglementaire stable et de fournisseurs internationaux. Ce modèle démontre qu’une ZES bien gouvernée peut devenir un nœud continental de fragmentation productive.

 

4.3. Construction d’un cluster industriel congolais

  1. Cadre stratégique national

L’industrialisation de la RDC peut reposer sur trois leviers : la substitution progressive aux importations, la montée en compétence technologique, la structuration d’un tissu de PME industrielles autour de pôles d’assemblage.

Le modèle CKD/SKD (CKD – Completely Knocked Down : importation de pièces totalement démontées, assemblage complet local, forte valeur ajoutée nationale.  SKD – Semi Knocked Down : modules préassemblés, assemblage final local, démarrage rapide, investissement initial réduit) constitue une voie réaliste et rapide pour initier cette transformation. Il permet d’implanter des capacités industrielles sans exiger immédiatement la fabrication locale de moteurs ou de composants complexes. Il s’inscrit dans une logique de progressivité, compatible avec les contraintes actuelles du pays.

Ces deux modèles doivent être intégrés dans une stratégie graduelle : démarrage SKD, montée en CKD, puis localisation de composants.

  1. La montée en gamme doit suivre une trajectoire progressive :

  2. Assemblage CKD/SKD de motos, bus, machines agricoles.

  3. Localisation de la production de pièces simples.

  4. Installation de fournisseurs internationaux.

  5. Développement de sous‑traitants locaux.

  6. Exportation régionale.

Ce modèle, inspiré de l’ASEAN, est applicable à la RDC.

5. Conditions institutionnelles de réussite

La fragmentation productive exige une action publique structurée autour de: stabilité réglementaire, infrastructures logistiques modernes, énergie fiable, formation technique, gouvernance transparente, politique industrielle cohérente.

Coordination institutionnelle

La réussite dépend d’une coordination étroite entre les ministères des Mines, de l’Industrie, des Finances, du Commerce extérieur, de l’Énergie, des Infrastructures et de l’Enseignement technique.

Une Unité de Pilotage de la Fragmentation Productive, rattachée à la Primature ou à la Présidence, devrait assurer la cohérence stratégique et la supervision des corridors industriels.

6. Analyse des risques

Les principaux risques incluent :

  • Enfermement dans des tâches à faible valeur si la montée en gamme est insuffisante.

  • Captation de valeur par des acteurs étrangers en l’absence de politique industrielle robuste.

  • Vulnérabilité logistique en cas de défaillance des infrastructures.

  • Volatilité des investissements si le cadre réglementaire est instable.

  • Risques sociaux si la formation technique ne suit pas le rythme de l’industrialisation.

L’identification de ces risques permet de renforcer la résilience du modèle.

7. Implications géo‑économiques et sécuritaires

L’intégration de la RDC dans les chaînes fragmentées génère un effet stabilisateur majeur. Lorsque des fragments métallurgiques, logistiques ou industriels deviennent indispensables aux chaînes globales, les partenaires internationaux développent un intérêt vital à la stabilité du territoire congolais.

La fragmentation crée ainsi une coalition d’intérêts convergents : la sécurité de la RDC devient un élément de la sécurité économique de plusieurs puissances industrielles. La paix se transforme en bien public international. La mise en place de l’accord de partenariat stratégique avec les États-Unis constitue un test grandeur nature pour les autorités de la RDC.

8. Conclusion : vers une stratégie nationale de fragmentation productive

La fragmentation internationale de la production constitue une opportunité stratégique pour la RDC. Elle offre une voie réaliste pour transformer l’économie, renforcer la souveraineté et s’insérer dans les chaînes de valeur mondiales.

La RDC doit adopter une Stratégie Nationale de Fragmentation Productive, articulée autour des corridors industriels, des ZES, des clusters et de la montée en gamme minière, afin de devenir un acteur structurant de la production africaine du XXIᵉ siècle.

Références bibliographiques

Baldwin, R. (2016). The Great Convergence: Information Technology and the New Globalization. Harvard University Press.

Gereffi, G. (2018). Global Value Chains and Development: Redefining the Contours of 21st Century Capitalism. Cambridge University Press.

Luanga Mukela Faustin (2026). L’Architecture économique : la charpente invisible de la destinée congolaise. Journal Finances et Entreprises, Kinshasa, RDC. Septembre.

Luanga Mukela Faustin (2026). Penser librement, Exister pleinement – Appel à la Conscience Congolaise. MediaComX, UK.

L’Architecture économique : la charpente invisible de la destinée                                                 congolaise                    
                                                                                          
                                                                                             
Sénateur Prof. Faustin Luanga

I. La conscience d’un pays commence par la conscience de son économie

Il est des nations qui avancent comme des fleuves tranquilles, portées par la cohérence de leurs institutions, la continuité de leurs politiques publiques, la discipline de leurs élites et la confiance de leurs citoyens.Et il en est d’autres, comme la nôtre, qui avancent par soubresauts, par éclats, par sursauts, comme si leur histoire hésitait entre la promesse et l’abandon.

La République Démocratique du Congo (RDC) n’est pas un pays pauvre. Elle est un pays mal organisé, mal structuré, mal architecturé. Ce que nous appelons ici architecture économique n’est pas un concept technique réservé aux économistes.

C’est la charpente invisible qui soutient ou effondre une nation.C’est l’ensemble des institutions, des règles, des infrastructures, des compétences, des chaînes de valeur, des visions et des volontés qui permettent à un pays de transformer ce qu’il possède en ce qu’il devient.Sans architecture, il n’y a pas de maison.Sans architecture économique, il n’y a pas de nation prospère.

II. Le paradoxe congolais : une cathédrale sans fondations

La RDC est un paradoxe vivant : richesse extrême, pauvreté extrême.Ce paradoxe n’est pas une fatalité géologique, mais une faillite structurelle.Nous avons les minerais que le monde convoite, les terres que l’Afrique et le reste du monde envient, les eaux que les géographes admirent, les forêts que les climatologues protègent.

Mais nous n’avons pas encore construit l’architecture capable de transformer cette abondance en prospérité. Que voulons nous faire de toutes ces richesses? Nous devons trouver une réponse sans équivoque à cette question. Nous sommes comme un peuple qui possède les pierres d’une cathédrale, mais pas les plans, pas les maîtres d’œuvre, pas les artisans, pas les échafaudages.

Nous avons les matériaux, mais pas l’architecture. Ce constat n’est pas une condamnation. C’est un appel.

 

III. L’architecture économique : une grammaire de transformation

L’architecture économique est comme une grammaire. Elle dit comment un pays organise ses ressources pour produire de la valeur. Elle dit comment une nation transforme la rente en richesse, la richesse en industrie, l’industrie en emplois, les emplois en dignité, et la dignité en stabilité. Elle repose sur quatre piliers, qui sont autant de chapitres de notre avenir :

 

1. Les institutions économiques

Les institutions sont les fondations de la maison nationale.

Sans elles, tout s’effondre. Elles définissent les règles du jeu, la transparence, la fiscalité, la justice économique, la lutte contre la corruption. Elles sont le lieu où se décide si la rente sera captée par quelques-uns ou transformée pour tous.

 

2. Les chaînes de valeur nationales

Une richesse n’est une richesse que lorsqu’elle est transformée.

Exporter du cuivre brut, c’est exporter des emplois. Exporter du cobalt brut, c’est exporter des industries. Exporter du café brut, c’est exporter des recettes fiscales. La chaîne de valeur est la colonne vertébrale de l’architecture économique.

 

3. Les capacités productives

Elles sont les muscles de la nation : les ingénieurs, les techniciens, les infrastructures, l’énergie, les routes, le numérique.Sans capacités productives, la vision reste un rêve.

 

4. La vision stratégique

Elle est le souffle de l’architecture. Elle donne la direction, la cohérence, la continuité. Elle transforme les projets en politiques, les politiques en institutions, les institutions en résultats.

IV. La transformation de la rente : le passage obligé

La rente n’est pas un problème. Le problème est la non transformation de la rente. Un pays qui se contente d’extraire et d’exporter ne construit pas une économie : il alimente celle des autres. Il devient un fournisseur, jamais un acteur. Un spectateur, jamais un bâtisseur.

La transformation de la rente est le cœur battant de l’architecture économique.

Elle suit un cycle simple, mais exigeant :

• Rente → Production

• Production → Transformation locale

• Transformation → Consommation locale et aussi Exportation de produits finis en surplus

• Consommation locale et Exportation → Recettes publiques

• Recettes → Bienêtre social

• Bienêtre → Souveraineté économique

​

Ce cycle est aujourd’hui brisé en RDC. Notre tâche historique est de le reconstruire.

 

V. L’État stratège : l’architecte de la maison nationale

Aucune nation ne s’est industrialisée par hasard. Aucune économie ne s’est transformée par improvisation. Aucun pays n’a bâti sa prospérité sans un État stratège. L’État stratège n’est pas un État omniprésent. Il est un État organisateur, coordinateur, protecteur, visionnaire. Il ne fait pas tout. Mais il rend tout possible. Il oriente les investissements. Il régule les marchés. Il protège les secteurs naissants. Il garantit la stabilité. Il coordonne les acteurs publics et privés. Il construit l’architecture.

​

VI. Vers une économie congolaise productive et souveraine

Si la RDC construit son architecture économique, elle peut devenir:

• un pays qui transforme ses minerais ;

• un pays qui consomme et exporte des produits finis ;

• un pays qui crée des millions d’emplois ;

• un pays qui finance ses infrastructures ;

• un pays qui réduit la pauvreté ;

• un pays qui stabilise sa démocratie ;

• un pays qui existe pleinement.

La souveraineté économique n’est pas un slogan. C’est une architecture.

 

Conclusion : l’architecture comme acte de conscience

Penser librement, c’est comprendre que nos richesses ne suffisent pas. Exister pleinement, c’est bâtir l’architecture qui les transforme.

La RDC ne deviendra une puissance économique que lorsqu’elle aura construit une architecture capable de convertir la richesse du sol en richesse nationale.Ce texte est une invitation : à penser autrement, à agir autrement, à bâtir autrement. Car une nation n’est jamais ce qu’elle possède. Elle est ce qu’elle organise, ce qu’elle transforme, ce qu’elle valorise, ce qu’elle devient.

 

Sénateur Prof. Faustin Luanga

*Extrait de l’ouvrage à paraître : « Penser librement, Exister pleinement – Appel à la conscience congolaise ». © Droits d’auteur protégés.

Le marché boursier en RDC : comprendre simplement

                                                                   Sénateur Prof Faustin Luanga

                                                                             ———————

Je vous propose ci-dessous un texte, clair, accessible et adapté au grand public congolais, pour expliquer le marché boursier en RDC après la promulgation de la Loi n°26/034 du 20 août 2026. Il s’agit d’un texte simple, pédagogique et structuré, sans jargon inutile. Les experts le trouveront probablement ennuyant, mais les non-experts ne manqueront pas d’apprendre quelque chose. Bonne lecture.

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1. C’est quoi une Bourse ?

La Bourse est un endroit (un marché) – souvent numérique – où les entreprises et l’État peuvent chercher de l’argent pour financer leurs projets, et où les citoyens peuvent investir leur épargne pour la faire grandir.

On y achète et on y vend des titres financiers :

• des actions (petites parts d’une entreprise) ;

• des obligations (prêts faits à une entreprise ou à l’État) ;

• d’autres produits financiers.

C’est un marché organisé, avec des règles, des contrôles et beaucoup de transparence.

 

2. Pourquoi la RDC crée son marché boursier ?

Pendant longtemps, l’État congolais et les entreprises congolaises n’avaient que deux solutions pour se financer :

• demander un crédit à la banque ;

• attendre un financement public ou international.

Ces solutions sont utiles, mais insuffisantes pour un pays qui doit financer son développement en construisant des routes, des écoles, des hôpitaux, des barrages, des usines, des mines modernes, des réseaux numériques…

Avec la Loi n°26/034 du 20 août 2026, la RDC ouvre une nouvelle voie : les entreprises et l’État peuvent lever de l’argent directement auprès du public, comme cela se fait dans les autres pays.

C’est une étape historique pour moderniser l’économie.

 

3. Comment ça marche ?

A. Les entreprises émettent des titres

Elles proposent :

• des actions : vous devenez propriétaire d’une petite partie de l’entreprise en les achetant ;

• des obligations : vous prêtez de l’argent et l’entreprise vous rembourse avec intérêt.

B. Les citoyens et les investisseurs achètent ces titres

Ils peuvent être :

• des ménages ;

• des épargnants ;

• des fonds de pension ;

• des compagnies d’assurance ;

• des investisseurs étrangers.

C. Les titres peuvent ensuite être revendus

Si la valeur monte, l’investisseur gagne de l’argent.

Si elle baisse, il peut perdre.

C’est le principe du marché.

 

4. Pourquoi c’est utile pour les Congolais ? Pour les entreprises

• Elles trouvent des financements plus rapides et moins coûteux.

• Elles peuvent grandir, investir, créer des emplois.

Pour l’État

• Il peut financer des infrastructures sans dépendre uniquement des banques ou des bailleurs internationaux.

Pour les citoyens

• Ils peuvent faire fructifier leur épargne.

• Ils deviennent acteurs du développement national.

• Ils peuvent investir dans des entreprises congolaises qu’ils connaissent.

Pour l’économie

• Plus de transparence.

• Plus de discipline financière.

• Plus de croissance.

​

5. Et les banques dans tout ça ?

Les banques ne disparaissent pas.

Elles changent de rôle :

• elles conseillent les entreprises ;

• elles accompagnent les émissions de titres ;

• elles gèrent des fonds d’investissement ;

• elles participent elles-mêmes au marché.

Le système devient mixte : banques + marché.

 

6. Ce que la Loi n°26/034 apporte concrètement la loi :

• crée un cadre légal clair pour les marchés boursiers ;

• définit les règles de fonctionnement des bourses de valeurs ;

• encadre les intermédiaires financiers ;

• protège les investisseurs ;

• organise la cotation des entreprises ;

• ouvre la voie à un marché primaire (émission) et un marché secondaire (échanges).

En bref : la RDC se dote enfin d’un vrai marché financier moderne.

 

7. Un exemple simple pour comprendre

Imagine une entreprise congolaise qui veut construire une nouvelle usine.

Avant :

Elle devait aller à la banque, négocier un crédit, payer des intérêts élevés.

Aujourd’hui :

Elle peut vendre des actions au public.

Les Congolais achètent ces actions.

L’entreprise reçoit l’argent pour construire l’usine.

Les investisseurs deviennent copropriétaires et profitent de la croissance.

Tout le monde gagne.

 

8. En résumé

• La Bourse est un marché où l’on achète et vend des titres financiers.

• Elle permet de financer les entreprises et l’État.

• La RDC a créé son cadre légal en août 2026.

• C’est une révolution pour l’économie : plus de financements, plus de transparence, plus d’opportunités.

• Les Congolais peuvent désormais investir dans leur propre économie.

Sénateur Prof Faustin Luanga

#RDC #FinancesRDC #KinshasaStockExchange

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Janvier 2001 — Mon voyage à Kinshasa, au cœur d’un tournant                                de l’histoire économique de la RDC

                                                                        Sénateur Prof Faustin Luanga

                                                                            ———————————

Je me souviens encore de ce mois de janvier 2001 comme d’un temps suspendu, où chaque heure semblait porter le poids de l’histoire. Kinshasa vibrait d’une tension sourde, presque palpable, comme si la ville pressentait que quelque chose d’immense était sur le point de se produire. J’étais arrivé quelques jours plus tôt, appelé à la Présidence de la République pour une série d’échanges stratégiques avec le Chef de l’État, Mzee Laurent-Désiré Kabila.

Quarante-huit heures avant l’événement tragique qui allait bouleverser la République, il m’avait reçu en audience. Le Président, dans son style direct et sans détour, m’avait confié son intention de me nommer à un poste de haute responsabilité dans le gouvernement qu’il s’apprêtait à remanier. Je connaissais son regard lorsqu’il avait déjà pris une décision : ferme, concentré, presque habité. Ce jour-là, ce regard était bien présent. Je sortis de l’audience avec la conviction que quelque chose de décisif se préparait, sans imaginer que le destin allait frapper si brutalement.

1. Les heures sombres de la transition

Lorsque la nouvelle de l’assassinat du Président Kabila se répandit, Kinshasa fut saisie d’un silence étrange. Une capitale habituellement bruyante, électrique, se retrouva comme figée. Je me trouvais au cœur de la machine institutionnelle, témoin direct de la stupeur, de l’urgence, et de la nécessité de maintenir l’État debout.

Dans les jours qui suivirent, j’eus la responsabilité de rédiger une grande partie du discours prononcé le 26 janvier 2001. Ce texte n’était pas seulement une adresse à la Nation : c’était un acte de continuité républicaine, un pont entre le chaos et la stabilité, un message destiné à rassurer un peuple meurtri et à affirmer que l’État, malgré la tragédie, demeurait debout.

Ce fut un moment de gravité, mais aussi de lucidité. Je compris que l’histoire m’avait placé là où je devais être.

2. La refondation économique : agir vite, agir juste

L’absence de Premier Ministre à cette époque conférait à la Présidence une centralité totale dans la conduite des affaires de l’État. Très rapidement, je fus appelé à piloter, au nom du Chef de l’État, l’ensemble des secteurs économiques et financiers : Ecofin, budget, mines, agriculture, télécommunications, énergies, infrastructures, portefeuille de l’État, (…) et même certains aspects de la sécurité économique. Cette concentration du pouvoir m’avait valu, à l’époque, le courroux et la vendetta d’une autre éminence grise, dont l’influence souterraine avait fini par me faire écarter du cercle décisionnel. Il a quitté ce monde depuis, emportant avec lui ses combats et ses certitudes. Paix à son âme.

Ce fut une période d’intense activité, où chaque décision devait être prise avec précision, courage et rapidité. Les réformes que nous avons engagées étaient fortes, parfois abruptes, mais indispensables pour sortir le pays de l’étau de la désorganisation macroéconomique.

Parmi ces mesures :

• L’unification du taux de change, mettant fin au double marché entre taux officiel et taux parallèle. Hugo Ntanzabi, d’heureuse mémoire, grand cambiste de l’époque me dira, leki obomeli biso musala - petit frère (car je suis ami et collègue d’université de son petit frère Jacquie Ntazambi), tu as tué/supprimé notre boulot.

• La libéralisation des prix des carburants, supprimant le différentiel entre le prix subventionné (25 cents USD le litre) et le prix réel du marché (1 USD le litre).

• La fin du monopole sur les diamants, annoncée par moi en direct à la RTNC à 20h00, un geste symbolique et politique d’une rare intensité.

• L’audit de la BCC et des entreprises publiques, suivi de la révocation des comités de gestion.

• Le premier programme de DDR, amorçant la stabilisation post-conflit.

• La formation du tout premier gouvernement du Président Kabila, gouvernement majoritairement constitué de technocrates comme moi, issus des organismes internationaux et du système des Nations Unies, pour ré-crédibiliser la République.

Ces réformes n’étaient pas seulement techniques : elles étaient le socle d’une nouvelle vision de l’État, d’une économie libérée des pesanteurs et des distorsions qui l’étouffaient.

Sénateur Faustin Luanga Mukela

3. Une équipe d’État soudée par le devoir

Je ne peux évoquer cette période sans rendre hommage à ceux qui ont travaillé à mes côtés. Le Gouverneur de la Banque Centrale du Congo, Jean-Claude Masangu, le Professeur Evariste Boshab, Jean Mbuyu, Didy Kazadi, Augustin Katumba Mwanke, Barnabé Kikaya, Ben Mpoko, Pasteur Mulunda, le Général Denis Kalume, ainsi que mes collaborateurs de l’époque — Al Kitenge, Big Simon Nzuka, Moïse Ekanga, Alex Nkusu, Hassan Yengula, Evariste Epapa, Léopold Lukunja Luru, Seke, Abbé Idumba, Denis Tshilumba, Firmin Koto, et tant d’autres — furent des compagnons de route exemplaires.

Nous formions une équipe animée par un patriotisme sincère, un sens aigu de l’État, et une volonté de servir sans tambour ni trompette. Beaucoup sont devenus des figures majeures de la vie nationale. Nous avons traversé ensemble des moments d’incertitude, de tension, mais aussi de fierté.

Ce fut une époque où l’on servait la République avec une intensité rare.

4. Une vie au service du pays

Après cette période fondatrice, ma trajectoire m’a conduit à nouveau à Genève, reprendre mon travail au sein de l’Organisation Mondiale du Commerce, où j’ai servi l’humanité pendant trois décennies m’ayant permis de visiter et d’interagir avec les autorités politiques, administratives, académiques et du monde des affaires, de plus de 150 pays. Mais la RDC n’a jamais quitté mon esprit.

Je demeure disponible, aujourd’hui encore, et continue à servir mon pays, avec la même passion, la même rigueur, et la même fidélité à l’État.

L’heure d’écrire des mémoires viendra. Ce texte n’en est qu’un prélude — un rappel, une trace, un témoignage pour ceux qui voudront comprendre comment s’est écrite une page essentielle de notre histoire économique.

Et vous, où étiez-vous et que faisiez-vous ? À chacun et à chacune son histoire qui fonde la Nation.

RDC : Comprendre la dynamique des négociations et             du Dialogue national

                                                                                          Sénateur Prof. Faustin Luanga

​

Une architecture en trois niveaux : régional – militaire – national

La dynamique actuelle de pacification repose sur une architecture tripartite cohérente, articulée autour de trois niveaux : régional, militaire, national.

Ces trois processus sont distincts, mais profondément interdépendants : chacun agit sur une dimension spécifique du conflit et contribue à la construction d’une paix durable.

 

1. Niveau régional : Washington

Washington stabilise la relation interétatique RDC–Rwanda et encadre les engagements diplomatiques.

Il agit sur les causes externes du conflit :

• désescalade régionale,

• souveraineté,

• pression internationale,

• garanties politiques.

Ce niveau fixe le cadre diplomatique indispensable à toute stabilisation.

 

2. Niveau militaire : Doha

Doha organise la cessation des hostilités et les mécanismes techniques de :

• désengagement,

• cantonnement,

• désarmement,

• vérification.

Il traite la dimension armée et opérationnelle du conflit, en créant les conditions sécuritaires préalables à toute solution politique.

​

3. Niveau national : Dialogue national

Le Dialogue national reconstruit la cohésion intérieure, restaure la confiance entre les communautés et engage la refondation de l’État.

Il agit sur les causes internes :

• gouvernance,

• justice,

• sécurité intérieure,

• participation citoyenne,

• réconciliation nationale.

C’est le niveau qui donne sens, profondeur et légitimité à l’ensemble du processus.

 

4. Une complémentarité indispensable

Ces trois niveaux ne sont ni concurrents, ni substituables : ils se renforcent mutuellement.

Parce que :

• un accord régional sans cohésion intérieure ne produit pas la paix ;

• un cessez‑le‑feu sans réforme de l’État ne dure pas ;

• une stabilisation locale sans engagement diplomatique reste fragile.

La paix durable exige simultanément :

• une pression diplomatique (Washington, les États‑Unis comme tiers‑garant),

• une cessation effective des hostilités (Doha, le Qatar et la communauté internationale comme tiers‑garants),

• une reconstruction nationale (Dialogue, le peuple congolais comme tiers‑garant).

 

5. Synthèse stratégique

La RDC doit réaffirmer que la paix durable ne peut être le produit d’une ingénierie diplomatique extérieure.

Elle doit être l’œuvre d’une Nation souveraine, disciplinée et consciente de son destin.

Washington peut stabiliser la dimension interétatique du conflit. Doha peut encadrer la dimension armée et opérationnelle. Mais seul le Congo peut se sauver lui‑même par un Dialogue national qui reconstruit la cohésion intérieure et refonde l’État.

Ces trois processus, combinés, constituent la condition d’une paix durable. Une telle architecture n’a jamais été expérimentée dans les précédentes tentatives de résolution du conflit congolais.

La souveraineté n’est pas un niveau de l’architecture : c’est la fondation sur laquelle repose l’ensemble du processus de pacification.

Sincèrement,

Sénateur Prof. Faustin Luanga

RDC — L’économie comme langage et                   miroir de nos priorités

Sénateur Faustin Luanga Mukela

Avant d’être une technique, l’économie est un langage.

Elle exprime ce qu’une société valorise réellement, au‑delà des discours officiels. Elle révèle nos priorités, nos renoncements, nos illusions et nos contradictions. Comme le rappelle Amartya Sen (1999), Prix Nobel d’économie, l’économie n’est jamais neutre : elle est un espace où se jouent des choix éthiques, politiques et civilisationnels. Un budget national est ainsi un acte moral.

Il dit ce que nous considérons comme essentiel et ce que nous acceptons de sacrifier.

Il révèle si nous croyons réellement en la jeunesse, en l’éducation, en la santé, en la justice, en l’agriculture, en les infrastructures

 

— ou si nous ne faisons que les invoquer.

​

L’économie congolaise raconte, à sa manière, une histoire complexe :

• celle d’un potentiel immense, mais d’un désordre persistant ;

• celle d’une richesse naturelle exceptionnelle, mais d’une pauvreté humaine inacceptable ;

• celle d’une économie dominée par l’informel, étouffée par la rente, affaiblie par la corruption et paralysée par le court‑termisme.

Car l’économie est aussi un miroir moral.

 

Elle révèle nos préférences profondes :

​

• l’immédiat contre le long terme ;

• la rente contre la production ;

• la prédation contre la justice ;

• l’improvisation contre la planification.

​​

Ce que révèle aujourd’hui l’économie congolaise, c’est :

​

• une tolérance persistante à la corruption ;

• une faible culture de l’épargne et de l’investissement ;

• une absence de planification stratégique ;

• une incohérence programmatique et réglementaire ;

• une déconnexion entre les élites économiques et les réalités sociales.

​

Comme le souligne Joseph Stiglitz (2012), Prix Nobel d’économie, une économie n’est jamais seulement un système de production : elle est un reflet de notre morale collective. Elle dit ce que nous acceptons, ce que nous tolérons, ce que nous espérons.

Aujourd’hui, l’économie congolaise reflète une morale fracturée, un pays qui n’a pas encore décidé ce qu’il veut devenir.

Repenser l’économie congolaise, c’est donc repenser le langage national que nous voulons parler, et la morale collective que nous voulons assumer.

​

Sénateur Prof. Faustin Luanga

*Extrait de l’ouvrage à paraître : « Penser librement, Exister pleinement – Appel à la conscience congolaise ». © Droits d’auteur protégés

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